Abdou El Omari naît en 1945 à Tafraout, au sud d’Agadir, entre les cimes roses des montagnes et les flots de l’Atlantique. Ce petit village perché dans l’Anti-Atlas est déjà en soi un paysage musical. Il y grandit dans la lumière sèche des reliefs, bercé par les sons de la nature et la culture berbère. Peu d’informations circulent sur le musicien, un voile de mystère entourant sa trajectoire, et ne faisant qu’ajouter à la fascination. Car si son nom reste discret, sa musique, elle, continue de voyager. Elle semble surgir d’un autre temps, d’un autre monde, ou peut-être simplement d’un rêve partagé entre les nuits bleues de Casablanca et les dunes silencieuses du Sahara.
Dans les années 1970, au cœur d’un Maroc en mutation, Abdou El Omari trace un sillon unique : une musique visionnaire, fusionnant jazz spirituel, funk psychédélique, traditions marocaines et expérimentations électroniques. Aujourd’hui, son œuvre refait surface, redécouverte par une nouvelle génération d’auditeurs en quête d’horizons oubliés. Ce disque en est l’un des fragments les plus rares et précieux. (…)
La cassette retrouvée : archéologie du futur
C’est dans un carton promis à la benne que son ami proche et poète Aziz Essamadi sauve un trésor : les archives personnelles d’Abdou El Omari, confiées par la suite au collectionneur casablancais Ahmed Khalil du label Dikraphone qui, après de longues recherches, parvint à le persuader de sa sincérité. Ces documents préservés par miracle sont uniques — démos, répétitions, enregistrements privés, photos inédites, et une cassette magistrale sortie confidentiellement, quasi invisible. On y découvre un Abdou El Omari encore plus audacieux, explorant des territoires où pop, disco cosmique, blues électrique et traditions marocaines fusionnent sans frontière.
Avec son fidèle synthétiseur, le fameux ARP Odyssey, ses grooves envoûtants et les nappes astrales de son Farfisa, il amplifie ce dialogue fructueux entre profondeur des racines et élans électroniques. La batterie et les percussions funk y croisent des rythmes ternaires en 6/8 typiquement marocains dans une transe psychédélique inédite. Une musique qui semble venir d’un Maroc parallèle et de ses paysages oniriques.
Le rêve continue
Cet album est le fruit d’une vision : créer une musique marocaine du futur, enracinée, mais tournée vers l’inconnu. Une musique colorée, épicée, envoûtante, faite pour danser autant que pour rêver. Nuits d’été en était l’aube, ce nouvel opus en est le point d’orgue. Une invitation à voyager dans l’univers si singulier d’Abdou El Omari.