Les lettres que Rilke adressa il y a plus d’un siècle à Franz Kappus ont fait date. Jeune officier militaire pétri de doutes, Kappus écrit mais il tâtonne. Et Rilke, que penserait-il de tout cela ? Dix lettres plus tard, une amitié discrète et lointaine s’est nouée entre les deux hommes.
Si l’officier a des armes pour se battre, Rilke dispose d’armes pour vivre. C’est avec une désarçonnante sincérité que le grand poète accompagne le jeune Kappus. Rilke prescrit ses conseils comme un médecin ses ordonnances. Il invite Kappus à éprouver sa propre nature, avec calme, sérénité.
Petit à petit, les conseils proprement littéraires disparaissent au fil des lettres. “N’écrivez pas des poèmes d’amour”, écrit Rilke dans sa première lettre… mais il ne s’interdit pas de disserter dessus. Car c’est sûrement dans ses lointains amours que l’écrivain trouvera une partie du souffle poétique. Pourtant, si le grand poète égrène ses conseils avec une sincère conviction, il se laisse parfois emporter par le doute. À qui s’adresse Rilke véritablement ? À Kappus, ou à lui-même ? Aux deux probablement, et c’est ici précisément que réside le secret de l’universalité de ces lettres.