DISPONIBLE VENDREDI
Depuis vingt ans, la musique de Tamikrest illumine les sonorités, la culture et la conscience du peuple Kel Tamasheq (Touareg) du Sahara. Tamikrest signifie « lien » ou « union » en tamasheq, et le groupe est devenu l’une des voix les plus importantes des Kel Tamasheq, canalisant leurs expériences d’exil, de perte et de résistance. Leur sixième album studio, Assikel, qui signifie « voyage » ou « parcours », témoigne du chemin parcouru par le groupe. Formé en 2006 par Ousmane Ag Mossa et Cheikh Ag Tiglia, tous deux originaires de Tinzawaten, près de la frontière malo-algérienne, Tamikrest a vu le jour sous l’influence de Tinariwen, ces pionniers légendaires de la musique de guitare ishumar. Ils forment désormais un quatuor confirmé avec le guitariste Paul Salvagnac, qui a rejoint le groupe en 2012, et le percussionniste Cédric ‘Momo’ Maurel, arrivé un an plus tard. Assikel marque un tournant sonore assumé, et poursuit l’exploration de l’exil, du déracinement et de l’assouf, ce mot tamasheq intraduisible qui englobe la nostalgie, le désir et le mal du pays. La musique fait écho à la situation actuelle au Mali, où une junte est au pouvoir depuis 2021, l’opposition politique est interdite et les médias sont muselés, la mission de maintien de la paix de l’ONU s’est retirée en 2023, l’Afrique du Sud est sous contrôle russe et la population, épuisée, subit quotidiennement des violences perpétrées par des djihadistes, les forces maliennes et les paramilitaires russes. Il n’est donc pas surprenant que les huit titres d’Assikel soient empreints d’urgence et de défi, même si l’on retrouve aussi de nombreux moments plus calmes et introspectifs, caractéristiques du groupe. L’instrumentation mêle guitares électriques et acoustiques, lap steel planante, basse dub profonde, percussions à main, calebasse et batterie complète. Les morceaux, quant à eux, oscillent entre rock and roll ishumar et méditations folk hypnotiques, la voix et le talent de conteur d’Ousmane restant toujours au premier plan. En bref, une musique que seul Tamikrest peut créer. Vingt ans plus tard, le rôle musical et culturel de Tamikrest semble plus essentiel que jamais. Le son épuré et profondément atmosphérique d’Assikel accentue la conviction et la force spirituelle de l’écriture d’Ousmane et des arrangements merveilleusement mélodiques du groupe, et réaffirme leur position comme l’une des voix les plus importantes du Kel Tamasheq. Le dernier mot revient à Ousmane, et son intervention vient peut-être nuancer l’opinion de ceux qui seraient tentés de réduire Tamikrest à un simple groupe de porte-paroles, et à des musiciens seulement. Certes, la politique et l’oppression sont omniprésentes, mais comme il le souligne avec sa douceur et sa clarté habituelles : « Ce qui nous motive aujourd’hui est ce qui nous animait à nos débuts : l’amour de la musique. » Tamikrest est de retour après une trop longue absence, et leur musique résonne et vibre plus fort que jamais.